Le livre ouvert : Petits moments ACCUEIL


Christian Talbot Publications

Lundi de Pâques n'est pas férié en Espagne. Les touristes sont partis. Je reste seul dans l'immeuble. Et, en dehors de la vieille Seat rouge des lesbiennes d'en face, il n'y a plus que ma voiture dans la rue.

Je ne sais pas si ce sont les effets la crise, mais je n'ai vu personne parmi les Français qui viennent d'ordinaire. La collègue prof d'espagnol d'Alain qui vient chaque année avec son mari et ses deux garçons, pas là. José et Christiane non plus. Bibi et Olivier, c'était prévu. Mais Aurélie devait venir avec sa famille la deuxième semaine et je ne les ai pas vus. Les appartements de Manuel sont restés vides et eux ne sont pas passés.
Je sais seulement que Jean-Claude, le frère de José, et sa copine Arlette devraient arriver vendredi prochain.
Si Mar est venue je ne l'ai pas croisée. Adela et Géro ont passé la semaine, de même que Bégonia, son "novio" et ses enfants.
Anne-Marie et Jo (qui s'appelle en réalité Giuseppe car il est d'origine sicilienne), un couple de Liégeois, ont passé un peu plus d'une semaine ici.
Aujourd'hui, j'ai tout de même croisé Aurélie avec Océane et sa copine ; et je crois avoir aussi aperçu, de loin, Pépé et Puri.

San José, avril 2009.
 
Bonnes actions.

C'est un couple que l'on dira "mixte" : elle est espagnole, lui français. Ils déambulent, main dans la main sur la plage de San José. C'est ce qu'on appelle ici "dar un paseo". Cette année, la plage est, si l'on peut dire, complète. Le sable s'est accumulé pour recouvrir les rochers depuis la Guardia Civil jusqu'au port.
Là, ils abordent la grande plage, celle qui longe le paseo marítimo, la plus fréquentée par les touristes. Nous sommes le lundi de Pâques qui n'est pas férié en Espagne. Il y a peut-être une trentaine de personnes sur cette immensité de sable. La grande majorité de ceux qui sont venus passer la Semana Santa est repartie depuis la veille.
Soudain, l'homme s'arrête : à ses pieds, à demi recouvert de sable humide, un sac en plastique blanc, de ceux qui servent à faire les courses, de ceux qui ont causé la quasi disparition des tortues locales que l'on appelle "bobas"(1). Lâchant la main de sa compagne, l'homme se baisse et extrait l'objet de sa gangue humide. Par là, il est convaincu de sauver la vie d'une de ces tortues. Dans le même temps, la femme a repéré, un peu plus loin, un autre morceau de plastique, celui-là transparent. Elle le ramasse, en fait une boule qu'elle apporte à son compagnon. Ayant glissé la boule au fond du sac blanc, il lève la tête et cherche du regard une poubelle. Les supports sont là, alignés à une cinquantaine de mètres les uns des autres. Mais de poubelles, il n'y a pas. Elles ne seront probablement posées qu'en été, au plus fort de la saison touristique. Cependant, à l'autre bout de la plage, trônent trois containers verts. En un bref conciliabule, ils s'accordent sur l'objectif : comme c'est le but de leur promenade, ils iront jusque là-bas pour se débarrasser du sac blanc. Leurs mains se joignent, leur doigts se nouent et ils reprennent leur marche.

(1) On peut traduire "bobas" par idiote, stupide, sous prétexte qu'elles mangent un peu n'importe quoi y compris les sacs plastiques qu'elles confondent avec des méduses dont elles sont friandes. Et elles s'étouffent avec. D'où leur déclin.
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